INVITÉ pour la discussion post-projection: le réalisateur Marc Séguin sera des nôtres.

Documentaire - VO
De Marc Séguin Canada. 2017. 116 min. (En attente de classement)

La ferme et son état est un portrait actuel des forces vives et des aberrations en agriculture au Québec. Nous avons suivi, pendant dix-huit mois, des jeunes agriculteurs (femmes et hommes) éduqués qui rêvent de faire une agriculture responsable, innovatrice et écologique, dans un système où ils ont peine à exister, alors que la réalité change sous nos yeux. Le film revendique cette nouvelle identité et une politique agricole qui tiendra compte de la réalité.


À propos du film par David Lamontagne, enseignant en cinéma au Collège Montmorency

Le prolifique talentueux touche-à-tout Marc Séguin revient au cinéma, après Stealing Alice, avec une œuvre documentaire percutante et inspirante qui pourrait bien, si elle était vue et entendue, venir réformer nos manières de faire en ce qui a trait aux politiques en agriculture. Parce qu’il y a dans cet enjeu, l’exploitation de la terre qui nous nourrit, un sujet fondamental qui mérite de nous faire se questionner.

Un peu comme l’a fait Richard Desjardins à propos de l’industrie forestière (L’erreur boréale), Hugo Latulippe à propos de l’industrie porcine (Bacon, le film) ou Ève Lamont sur l’agriculture industrielle (Pas de pays sans paysans), ce film de Marc Séguin pourrait bien être une nouvelle référence importante pour revoir nos manières de faire lorsqu’il est question d’observer ce que l’on cultive sur nos terres et surtout la façon de produire de manière intensive. Plusieurs films et reportages ont déjà sonné l’alarme et, régulièrement, on entend parler d’états qui proposent des lois pour freiner les lobbys d’une industrie qui cherche à proposer des solutions efficaces et plus souvent nuisibles dans nos systèmes agricoles. On peut simplement penser au géant Monsanto qui en impose énormément dans ce secteur et à la France qui s’est objectée récemment à la présence du glyphosate, cet herbicide que plusieurs scientifiques considèrent comme dangereux pour l’homme et l’environnement.

La ferme et son état propose des solutions à ces manières de faire et rappelle que des alternatives sont possibles. On souligne que l’état québécois n’est pas très flexible lorsqu’il est question d’initiatives à échelle humaine et que l’économie de marché pèse de tout son poids dans la direction que prend l’industrie agro-alimentaire. Pourtant, tout indique que l’on doive revoir nos méthodes et le génie agronome devrait mieux se pencher sur la grosseur des fermes et, par exemple, la permaculture, qui est un formidable système agricole productif.

Le film emprunte un peu au documentaire Demain dans sa forme puisqu’il se veut un objet lumineux proche des intervenants qui, plutôt que de n’afficher que le côté sombre de l’agriculture industrielle en faisant de l’œuvre un pamphlet virulent, cherche à apporter des outils à ceux qui seraient tenter de croire qu’il est difficile de changer les choses. Le réalisateur va donc visiter les petites fermes québécoises à la rencontre de producteurs sympathiques, dynamiques et vraiment inspirants. L’approche nous permet de découvrir des gens qui sont loin des clichés hippie grano; plutôt des agriculteurs très lucides et pragmatiques dans leur appropriation du terroir. On découvre que Paul Desmarais, le milliardaire, s’intéresse de près à ces paysans qui cherchent à réinventer notre agriculture. Le film nous transporte aussi au Danemark, un de ces pays scandinaves souvent cités pour leurs politiques progressistes et avant-gardistes.

Plutôt que de demeurer uniquement collé au caractère informatif des rencontres et entrevues, on voit que Marc Séguin a fait ses classes et a compris que le cinéma documentaire fonctionnait bien lorsque l’on peut s’identifier au sujet et à ces gens de que l’on découvre avec une belle humanité. Du très bon cinéma engagé.

C’est donc un film à recommander à toutes celles et ceux qui ont un désir d’être inspirés plutôt de devoir encore une fois se voir confronter à des constats souvent sombres et démoralisants.