Animation - VO Perse STFR

De Ali Soozandeh Avec Farhad Abadinejad, Sasan Behroozian, Zahra Amir Ebrahimi, Arash Marandi, Negar Mona Alizadeh et Thomas Nash. Autriche-Allemagne. 2018. 97 min. (13 +)

Vivre sa vie et accomplir ses rêves n'est pas une mine affaires dans la ville de Téhéran. Alors que son époux est en prison, Pari décide de se prostituer pour subvenir aux besoins de son fils handicapé. Le rêve de Sara est de devenir institutrice. Bien qu'on lui ait offert un poste, son mari refuse qu'elle quitte son rôle de femme au foyer. Babak quant à lui rêve de devenir musicien, mais après que sa demande pour enregistrer un album soit refusée, il a une aventure avec Donya, qui malheureusement, est promise à un autre. Trois vies complètement différentes qui ont pourtant un point en commun? avoir un avenir meilleur.


À propos du film, par David Lamontagne, professeur de cinéma au Collège Montmorency

Le regard que nous propose les médias d’ici sur l’Iran fait souvent observer les pires dérives totalitaires, particulièrement en ce qui a trait aux «Droits de l’Homme» dans ce pays. Il faut rappeler que depuis la révolution islamique, il y a près de quarante ans, le régime continue d’appliquer des politiques conservatrices qui cherchent à réprimer par la force les comportements moralement répréhensibles par l’État qui sont tout de même vécus, dans l’hypocrisie ambiante, avec un risque de sanction sévère.

C’est ce que présente le film d’animation- pour adulte- Téhéran tabou en dévoilant la face cachée de la République des mollahs. Il a été réalisé en Allemagne par un Iranien exilé et on peut comprendre que cette façon frontale de présenter la sexualité, la consommation de drogues ou autres mœurs intolérables n’aurait pas trouvé grâce auprès des tribunaux islamiques…

Le cinéma iranien est un des plus riches de la planète cinéma et, malgré une mince liberté d’expression, il offre des œuvres franches, subtiles et originales. Récemment le succès d’un Asghar Farhadi (Une Séparation, Le Client) ou Jafar Panahi (Taxi téhéran, Le Cercle) a permis de faire connaitre des films complexes et brillantes. Avant eux, il y a eu aussi les maîtres Abbas Kiarostami et Mohsen Makhmalbaf. Tous ces cinéastes ont le mérite d’avoir pris la parole avec leur art en réussissant à communiquer, par un langage cinématographique souvent empreint de poésie, des préoccupations liées à leur condition.

Au cœur de l’Iran il y a une jeunesse qui se fait entendre toujours plus fort. Elle est ouverte à ce qu’il se passe à l’extérieur et s’exprime dans des mouvements alternatifs. Les femmes aussi sont, proportionnellement à la population, parmi les plus éduquées du monde. Le film montre pourtant qu’il revient exclusivement aux hommes de pouvoir de soumettre la femme et l’avenir de la culture de la nation, qu’importent la légitimité de leurs revendications. La réalité est que les choses bougent très lentement au gré de l’alternance des gouvernements conservateurs et réformistes. Le cinéaste Ali Soozandeh a peut-être fait Téhéran tabou en réaction à cette inertie ; c’est une charge sans retenue qui souhaiterait déranger le pouvoir en place dans son pays d’origine. Rien est subtil et l’asservissement des groupes populaires est présenté sans filtre tandis que l’arbitraire en cause donne une impression de cul-de-sac.

La plus grande force du film qui lui permet de s’exprimer franchement, et en s’affranchissant du risque de se voir étiqueté de poussif, se trouve dans le choix de l’animation en rotoscopie. Cette technique se fait en tournant de vrais acteurs en studio sur fond vert, puis en ajoutant un décor en post-production, le tout soumis à un traitement d’animation avec des couleurs vives. L’impression donne donc des possibilités immenses dans la façon de traiter de sujets crus. Le résultat esthétique est tout de même saisissant et très bien réussi. Ce n’est pas la douce poésie des différents cinéastes mentionnés plus haut, mais cela donne une forme de poésie urbaine désespérée qui frappe droit au cœur.

Heureusement aussi qu’on fait appel à l’humour parce que la noirceur du propos aurait noyé l’expérience dans un discours stérile. Au fond, le cinéaste ne voulait-il pas rendre hommage à ses frères et sœurs perses (in)soumis et animés par fort désir de voir un peu de lumière et de réelle justice. Troublant, mais beau.